DE 1896 A NOS JOURS

III- Evolution de la côte Angloye de 1896 à nos jours:

A partir de 1896, le service maritime des Ponts et Chaussées de Bayonne signalent que la phase d’engraissement des plages d’Anglet s’arrête.(14) Mais qu’a-t-il bien pu arriver d’anormal pour que l’évolution au sud de l’embouchure de l’Adour soit aussi perturbée?

A- Les premiers désordres côtiers qui confirment le début d’une érosion artificielle:

Sous l’impulsion de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne et après avoir formulé sa demande à l’Etat en 1892, les Ponts et Chaussées de Bayonne obtiennent l’autorisation de pratiquer le dragage continue de la barre de l’Adour dès 1896 après des essais satisfaisants.

Schéma Q montrant le lien direct entre la zone de dragage et l'érosion du rivage par glissement. (Extrait du film "Le Sable, enquête sur une disparition" de D. Delestrac)
Schéma Q montrant le lien direct entre la zone de dragage et l’érosion du rivage par glissement. (Extrait du film « Le Sable, enquête sur une disparition » de D. Delestrac)

Ces travaux retirent chaque année en moyenne et ce, jusqu’à la première guerre mondiale 700 000 mètres cubes de sable sur la Barre de l’Adour, pour être abandonné au large dans une zone de non retour. (2 et 11 page 40; 36). C’est l’équivalent de deux fois le volume de la Tour Montparnasse qui disparaît tous les ans avec des pics à 900 000 mètres cubes comme en 1904.(25) Ainsi, si le transit du sable dérivant des Landes vers les plages d’Anglet existait bien devant l’Adour, il est désormais altéré.(14) La disparition du sable marin provoque un effondrement des petits fonds se traduisant par une érosion des plages adjacentes. A terme, ce sont les plages plus au sud de la côte qui vont se trouver impactées. (Schéma Q)

A partir du 1er Février 1897, un arrêté préfectoral autorise les extractions industrielles de sables et de graviers au sud de l’embouchure dans un intervalle de 25 à 225 mètres en dessous du niveau de la laisse des hautes mers. Quelques années plus tard, cette activité sera autorisée des deux cotés du fleuve.(12 et Photos R) Ainsi, 100 000 m3 de graviers disparaîtront tous les ans du littoral par la terre.

Photos R: Vue aérienne dans les années 50 des machines à extraire le sable de chaque côté de la sortie de l'Adour.
Photos R: Vue aérienne dans les années 50 des machines à extraire le sable de chaque côté de la sortie de l’Adour.

Au total, on retire en moyenne 800 000 mètres cubes de sable annuellement, soit l’équivalent de 66 666 camions-benne! Les techniques d’extraction de madrague se perfectionnant avec le temps,les volumes de sable qui seront prélevés devant les plages seront en constante augmentation.(23)
Malgré cela, la côte nord de l’embouchure de l’Adour continue à s’engraisser au même rythme qu’avant grâce à la dérive littorale, mais au sud de l’embouchure, les plages d’Anglet, elles, accusent le coup et marquent les premiers reculs au début du 20ème siècle.(22)

Entre 1896 et 1953, les sondages du service hydrographique de la Marine constatent une inversion de l’évolution des profondeurs de la côte Angloye avec un recul de 3 à 4 mètres au niveau des petits fonds situés entre -7 à -3 mètres de profondeur.(1; 13) Entre 1898 et 1959, les services des Ponts et Chaussées notent un recul de 50 mètres de la laisse de pleine mer à 400 mètres au sud de l’ Adour.(13) La comparaison des limites du domaine maritime entre 1931 et 1954 conduit à une érosion de 50 à 75 mètres des plages d’Anglet.(13) Entre 1952 et 1963, c’est à dire au cours de la décennie qui a précédé la construction de la digue nord, le trait de côte a reculé de 35 mètres en moyenne correspondant à un recul de 3 à 4 mètres par an, sur une longueur de plus de 2 km au sud de l’embouchure. Ces résultats sont confirmés par les photos aériennes de l’Institut Géographique National effectuées en 1938, 1954, et 1962.(1; 13) P.Y. Landouer écrit en 1990: « Depuis cette époque (1886), le transport sédimentaire vers le sud semble non seulement avoir été interrompu, mais les plages d’Anglet ont aussi commencé à s’éroder ».(14)

Entre 1896 et 1953, J-C DELORME écrit que la totalité des sables dragués à l’embouchure représente 18 500 000 mètres cubeen ordre de grandeur. Les matériaux étaient déversés à 2 ou 3 km de la côte dans l’ouest de la passe d’entrée où ils ne tardaient pas à former un haut fond à -12 ou -14 mètres, là où il existait initialement des profondeurs de plus de 20 mètres!(7)

Les premiers dégâts visibles à l’échelle humaine sont reportés lors de la tempête du 9 Janvier 1924 qui va faire date dans les annales locales:

Au nord du littoral, l’enclos de l’hippodrome, implanté en 1874 à plus de 100 mètres de la laisse des hautes mers, est totalement ravagé! Les tribunes bâties sur la dune littorale ont été submergés ainsi qu’une partie du champ de course. Il faudra de longs et coûteux travaux pour remettre en état le site.(33) Au fil du temps, le trait de côte ne cessera de reculer et l’océan attaquera les bunkers qui coloniseront l’enclos en 1942.

L'hippodrome de la barre en 1904. L'enclos de l'hippodrome a été construit sur la dune herbeuse qui se situait à plus de 50 mètres du trait de côte lors de son achat par adjudication de l'état en décembre 1873. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)
L’hippodrome de la barre en 1904. L’enclos de l’hippodrome a été construit sur la dune herbeuse qui se situait à plus de 50 mètres du trait de côte lors de son achat par adjudication de l’état en décembre 1873. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime)

Au sud des plages, à la petite Chambre d’Amour, cette intempérie emporte le quai de la promenade ainsi que le premier établissement de bain angloy construit 10 mètres en arrière.

Comparatif de la plage de la petite Chambre d'Amour avant et après la fameuse tempête de 1924.(En haut, photo S de 1912, en bas, photo T de 1928)
Comparatif de la plage de la petite Chambre d’Amour avant et après la fameuse tempête de 1924.(En haut, photo S de 1912, en bas, photo T de 1928)

Petite chambre d'Amour 1928

L’ancien établissement bâti en 1884 a été balayé par les vagues et reconstruit plus en arrière (Photo T). La plage est descendue de plusieurs mètres de haut et présente désormais des falaises vives, signe d’une forte érosion. La végétation devant le quai a littéralement disparu. Le recul de la côte est estimé à une trentaine de mètre entre la prise des deux photos. L’érosion des plages devient concrète pour les habitants. Mais en connaissent-ils vraiment la cause?

Rappelez-vous en 1872 , soit 50 ans plutôt, l’Etat attribuait une bande de terre à la commune d’Anglet suite à l’avancée perpétuelle des plages d’Anglet sur la mer. (schéma P)

En 1928, un autre quai voit le jour, mais cette fois-ci, à la Chambre d’Amour, pour le projet en front de mer d’un « Club sélect » avec piscine. Quelques années après, ce quai sera prolongé vers le nord jusqu’à la plage des Corsaires pour créer une route littorale. Jamais les investisseurs de l’époque n’auraient pu imaginer que l’écologie des plages avait été tant perturbée par les activités humaines à l’entrée de l’Adour. Pour la ville d’Anglet, ce mur de soutien sera, à l’avenir, le témoin d’une avancée inexorable de la mer sur la terre. Cela se traduit dans un premier temps par des désensablements réguliers au pied du mur, avant de voir apparaître les premières dégradations sérieuses en 1963. Certes, sa construction aura accéléré l’érosion de la plage en stoppant les échanges sédimentaires entre le rivage et les dunes, mais si les plages avaient continué leur avancée naturelle sur la mer, sous l’accumulation permanente du sable que l’océan livrait quotidiennement, ce mur serait devenu une curiosité de plus en plus éloignée des vagues.

La plage du Club au début des années 30, quelques années après l'édification du mur de soutien.
La plage du Club au début des années 30, quelques années après l’édification du mur de soutien.
La plage du Club au tout début des années 60 avec bien moins de sable
La plage du Club au tout début des années 60 avec bien moins de sable

La plage du Club s’est décaissée au fil des décennies et le phénomène s’accélère. Sauter depuis le quai est devenu dangereux! Pour accéder à la plage, de nouveaux escaliers en bois ont été installés à la place des anciens escaliers de pierre disparus.

B- Accélération de l’érosion artificielle de la côte Angloye de 1960 à 1975.

Alors qu’ils avaient pour coutume de draguer entre 300 000 et 350 000 m3 par an depuis la fin de la première guerre mondiale, le port de Bayonne va extraire en 1961, 680 000 m3 de sable (14). La disparition de ce stock va rapidement se faire ressentir au sud d’Anglet avec les premiers désordres la même année contre le quai, avant de provoquer le début de la chute du mur de soutien en 1963. En effet, les ingénieurs des Ponts et Chaussées étaient persuadés qu’il fallait draguer plus de sable du côté nord de l’embouchure pour former une fosse de garde qui piégerait les sédiments issus de la dérive littorale. Mais par manque de moyens liés à des dragues vieillissantes, ils attendront quelques années pour poursuivre l’opération(34). Les extractions par la terre s’intensifient aussi de chaque côté de la sortie du fleuve pour le compte des entreprises de travaux publics qui prélèvent chaque année 600 000 mètres cube…(14)

En 1963, la construction de la digue du Boucau, longue de 1100 mètres, vient se dresser comme un rempart contre la dérive naturelle du sable. Les plages d’Anglet sont désormais enclavées entre la pointe Saint Martin et la grande digue nord. Cet édifice artificiel, le plus grand d’Aquitaine, est à l’origine d’un contre courant sud-nord devant la côte angloye. (15 et 16 page 69)

Schéma U d'une photo aérienne faite à l'embouchure de l'Adour dans les années 1980 et retouchée par nos soins.
Schéma U d’une photo aérienne faite à l’embouchure de l’Adour dans les années 1980 et retouchée par nos soins.

Sur le schéma U, le courant littoral est représenté en bleu. Ce courant côtier nord-sud se transforme en contre-courant devant les plages d’Anglet suite à sa rencontre avec la digue nord. Ce contre courant vient mourir derrière la digue. Le sable fin, emporté par ce courant côtier, suit la flèche jaune jusqu’au chenal pour se déposer dans le cercle jaune. C’est là qu’il sera dragué pour libérer l’accès aux navires de commerce. (11 page 90-91)

Par ailleurs, plus aucun sable n’arrive naturellement sur les plages d’Anglet, ni par la dérive littorale aquitaine coupée par la grande digue, ni par le fleuve suite à la construction au cours du 20 ème siècle de 188 barrages hydro-électriques, véritable piège à sable sur le bassin versant de l’Adour(17), aux extractions de matériaux qui ont lieu plus en amont dans le lit du fleuve et de ses affluents, aux dragages et endiguements de l’estuaire pour maintenir des profondeurs artificielles dans le port à -7 mètres (14; 35; et schéma V).

Schéma V: origine du sable dragué à l'entrée de l'Adour. (Origine Lasagec2 voir 20)
Schéma V: origine du sable dragué à l’entrée de l’Adour. (Origine Lasagec2 voir 20)

Ainsi, cette digue s’impose comme le grand accélérateur de l’érosion des plages d’Anglet. On drague maintenant deux fois plus de sable qu’avant, le littoral angloy étant devenu l’unique contributeur! Au 700 000 mètres cubes retirés tous les ans par la mer, il faut rajouter les 150 000 mètres cubes de madragues extraites de la plage de la Barre soit un total de 850 000 mètres cubes! (2; 16 p69) En 1970, 1 300 000 m3 de sable est dragué à l’embouchure, soit un record depuis le début du dragage en 1893. La sanction est immédiate avec une accélération effrayante de l’érosion des plages. Elles reculent alors par dizaines de mètres tous les hivers et font la « une » répétée du journal Sud-ouest. Une profonde émotion et une forte inquiétude s’emparent de la population locale qui s’interroge?(18)

Plage du Club 1961/1974, les vagues ont décaissé l'estran mettant à nu les fondations du mur
Plage du Club 1961/1974, les vagues ont décaissé l’estran mettant à nu les fondations du mur
Plage de la Petite Chambre d'Amour 1971/1975, le décaissement de la plage met en péril le VVF.
Plage de la Petite Chambre d’Amour 1971/1975, le décaissement de la plage met en péril le VVF.
Plages centrales et nord de la côte angloye 1972/1975. L’hôtel Marinella construit en 1962 à 40 mètres du mur de soutien est peu à peu isolé de la côte pour former une presqu’île.
Plages centrales et nord de la côte angloye 1972/1975. L’hôtel Marinella construit en 1962 à 40 mètres du mur de soutien est peu à peu isolé de la côte pour former une presqu’île.

Entre 1963 et 1973, la côte a reculé de 40 mètres en moyenne, soit 4 mètres par an, le maximum de régression se situant à la plage de la Madrague, avec 4,7 mètres par an. L’érosion qui touchait surtout les plages nord au début, gagnent de plus en plus vers le sud.(30, page 52)
En 1969, la société foncière de Biarritz Anglet ayant perdu des surfaces de terrain considérables en front de mer intente un procès contre l’Etat, alors propriétaire des infrastructures portuaires.
Le 18 Novembre 1974, le tribunal administratif de Pau rend son verdict dans cette affaire. Il tient responsable l’Etat à hauteur de 80% des pertes causées par la construction de la grande digue du Boucau et par le dragage intensif de l’embouchure du fleuve.(19)
Pourquoi une telle sanction? Un rapport montre qu’en 1957 le Laboratoire National Hydraulique du Chatou, qui avait à l’étude la construction d’un avant port à l’embouchure de l’Adour, a éludé volontairement le problème d’érosion des plages d’Anglet avec la construction d’une seule digue au lieu de deux initialement prévues, par crainte de trouver des conclusions qui auraient remis en cause le projet. Le procès a reconnu que la digue avait modifié les courants devant les plages d’Anglet et que le stock de sable dragué à l’entrée de l’Adour était équivalent au stock qui disparaissaient simultanément devant les plages. Le procès sera porté en conseil d’état en 1986 qui baissera la responsabilité de l’état à 50% car le volume de sable issu de la dérive littoral nord-sud stoppé par la grande digue n’a pu être évalué précisément.(14)

C- Gestion du trait de côte angloy de 1975 à nos jours.

D’un côté, le domaine public maritime prend à sa charge la problématique dès 1975 en arrêtant les extractions de madrague littorale à l’entrée de l’Adour, en construisant 6 épis inesthétiques au sud de la côte angloye pour empêcher le départ du sable vers l’entrée de l’Adour, et en mettant en place le clapage côtier à ses frais pour ramener le sable angloy qui s’est déposé dans le chenal devant la grande digue (cercle jaune du schéma U). Les ouvrages de défense et le rechargement quasi constant des plages d’Anglet conduisent vers une maîtrise des processus qui n’ont plus de rapport avec une évolution naturelle.(29) Les plages de la Chambre d’Amour se maintiennent en l’état jusqu’en 1990. Le nord de la côte angloye, lui, est en perpétuelle érosion sur toute la période.
D’un autre côté, les élus locaux s’organisent pour modifier le PLU en 1976 et geler les terrains situés en front de mer afin d’éviter des constructions lourdes qui pourraient être en danger dans l’avenir et ce, 10 ans avant la création, au niveau nationale, de la loi littoral!

En Avril 1984, la drague à demeure est mise hors service. Les opérations de maintien des profondeurs/clapages côtiers sont alors sous traitées avec le Groupe d’Intérêt Economique de dragage (GIE) dont l’état est actionnaire à 50%. Désormais, une drague vient deux fois par an faire le maintien des profondeurs, et ce, quelles que soient les conditions météorologiques. Les résultats commencent à baisser.

A partir de 1991, on note une nouvelle accélération de l’érosion des plages car la drague ne ramène plus sur la côte que 12% du sable prélevé à l’embouchure. Les apports artificiels par clapage côtier étant fortement réduits, les volumes sédimentaires des plages chutent rapidement.(15)

Schéma W: activité de dragage à l'entrée de l'Adour et clapage côtier de 1974-2007 origine Casagec (20)
Schéma W: activité de dragage à l’entrée de l’Adour et clapage côtier de 1974-2007 origine Casagec (20)

La raison d’une telle baisse des volumes ramenés à la côte s’explique par un changement de direction et des problèmes de coûts. La DDE maritime préfère maintenant déposer une partie des sables au large, moins onéreux, car les ingénieurs pensaient qu’à terme le sable finirait par revenir à la côte.(schéma w)

Au début des années 2000, les responsables des infrastructures portuaires créent la « fosse de garde » qui est un piège à sable angloy situé juste à côté du chenal de l’embouchure afin d’éviter des potentielles fermetures du port lors des hivers très actif. A cette occasion, près de 1 100 000 m3 de sable fin angloy seront dragués devant la plage de La Barre et perdus au large soit l’équivalent de 3 fois le volume de la tour Montparnasse(schéma W) Si l’on additionne 1999, 2000 et 2001, on totalise 3 200 000 m3 de sable perdu, ce qui est une nouvelle erreur pour le littoral et permet d’enregistrer un triste record d’extraction! Ainsi, la sanction du tribunal administratif de Pau de 1974, révisée en 1986, s’est perdue au fil du temps dans les arcanes de l’administration publique… Idem pour les contribuables angloys qui en payent une fois de plus le plus lourd tribut.

En 2004, nouveau coup dur pour les plages puisque le clapage côtier est stoppé par la volonté du président de la communauté d’agglomération du BAB, ancien Maire de Biarritz, pour des suspicions de pollution de ses plages, suspicions jamais avérées… Personne ne s’opposera à cette décision, dont les conséquences vont être une nouvelle fois désastreuses pour la côte angloye! Pourtant, les chercheurs du Génie Côtier de l’UFR de Montaury, Stéphane Abadie et Philippe Maron montent au créneau en démontrant avec certitude que l’érosion artificielle menace les plages d’Anglet, et que le sable déposé depuis plus de 110 ans sur la zone de déblais située au large n’a pas bougé et donc peut être considéré comme définitivement perdu pour le littoral. (37) Cette étude financée par l’ACBA a une portée juridique intéressante car elle souligne que celui qui prélève du sable à l’entrée de l’Adour sans le remettre devant les plages d’Anglet est responsable de son érosion artificielle.(11)

La même année, la promenade Victor Mendiboure, construite en béton sur le haut de la plage, scelle définitivement la position du trait de côte et coupe toute échange sédimentaire entre la dunes et le rivage comme cela avait été déjà fait avec le mur de soutien dans les années 1930! Là aussi, l’histoire se répète…

Désormais, tout est en place pour faire reculer la côte mais cette fois-ci, c’est l’érosion sous-marine qui bat son plein avec l’effondrement des petits fonds de plusieurs mètres de hauteur.

En 2008, suite à des affouillements, les musoirs des digues des Sables d’Or et de Marinella se brisent…(20 page 45) En 2009, c’est à nouveau le cas pour la digue de Marinella qui perd 6 mètres de longueur au mois d’Octobre!.
Le relevé des nouvelles limites du domaine public maritime, réalisé en 2009, fait état d’un recul moyen du trait de côte de 30 mètres entre 1978 et 2009 sur les plages allant des Sables D’or aux Dunes soit un mètre par an.(24, page 22)

Le profil des plages s’est profondément modifié, affectant toutes les activités de loisir. Ainsi, après deux heures de marée montante, les spots de surf déclinent, les baignades en familles sont plus dangereuses. Les joggeurs ou les promeneurs ne peuvent plus se promener sur les estrans devenues trop pentues.

Comparatif X de la plage de la Madrague entre 2001 et 2012. Dans la partie supérieure de l'estran, la plage s'est bombée au fil du temps et le sable a fini par recouvrir la digue. Depuis le rivage, on ne voit plus le poste de secours. Un nouveau danger pour les baigneurs!
Comparatif X de la plage de la Madrague entre 2001 et 2012. Dans la partie supérieure de l’estran, la plage s’est bombée au fil du temps et le sable a fini par recouvrir la digue. Depuis le rivage, on ne voit plus le poste de secours. Un nouveau danger pour les baigneurs!

Le haut de la plage voit s’accumuler du sable grossier tandis que la partie basse se vide de son sable fin aspiré par les activités de dragage. La plage des Dunes est la plus sévèrement touchée avec une pente de plus de 11.5% contre 5% constaté à la fin des années 80.(14) Il y a une perte de jouissance pour les usagers des plages d’Anglet, malgré des opérations de re-profilage dont l’effet, s’il est perçu positivement, reste éphémère.

Ainsi, entre 1896 et 2009, le littoral angloy aura reculé de 130 à 200 mètres selon les plages.(1; 13; 28) Il aura perdu plus de 44 millions de m3 de sable par dragage et plus de 15 millions de m3 de sable par extraction littorale entre 1897 et 1975. (14; 30 page52; 31)

Evolution de la côte angloye entre 1909 et 2009. (cliquez sur l'image pour un agrandissement)
Evolution de la côte angloye entre 1909 et 2009. (cliquez sur l’image pour un agrandissement)

Alors que, depuis des siècles, la côte angloye gagnait naturellement des territoires sur la mer, les activités de dragage et les extractions littorales ont provoqué une catastrophe écologique en inversant la dynamique littorale. Y a t’il aujourd’hui prescription des préjudices causés par l’état sur les plages d’Anglet? Ce qui est sûr, c’est que cette érosion artificielle court toujours car les activités de dragage n’ont pas cessé à l’embouchure et provoquent toujours le recul des plages à chaque fois que le sable n’est pas ramené à la côte. La grande digue stoppe encore la source en sable et il existe toujours les extractions de sable dans le lit mineur des rivières et le dragage de l’estuaire de l’Adour.
La reprise du clapage côtier en 2010 est de bonne augure. Mais cette initiative n’est pas suffisante et coûte désormais au contribuable angloy qui reste la première victime de ces pratiques portuaires.

L’achat d’une nouvelle drague par le port de Bayonne en 2014 a sonné comme un message d’espoir pour le littoral à condition qu’elle tienne ses promesses, c’est à dire réaliser 100% de clapage côtier avec les sables dragués à l’embouchure de l’Adour. Si cet objectif est atteint et pérennisé dans le temps, il y a fort à parier que l’érosion des plages s’arrêtera d’ici deux à trois ans et les plages se stabiliseront en l’état. Mais les angloys restent aujourd’hui inquiets de voir leurs plages si mal menées et sont nostalgiques de celles qu’ils ont connues autrefois.

La nouvelle drague à demeure, arrivée en septembre 2015, s'appelle "HONDARA" ce qui signifie sable en basque!
La nouvelle drague à demeure, arrivée en septembre 2015, s’appelle « HONDARA » ce qui signifie sable en basque!

 

Auteurs Aymeric Bayle & Pascal Dunoyer, SosLa

Bibliographie:

(0) S. Planton et Al. ONERC Rapport niveau de la_mer: « Le climat de la France au XXIe siècle »
(1) C. Mignot et J. Lorin « Evolution du littoral de la côte des Landes et du Pays Basque au cours des dernières années« .
(2) A. Alexandre BRGM RP-52370-FR « Etude de l’érosion de la côte basque: synthèse bibliographique« .
(3) F. Jaupart « L’embouchure de l’Adour et ses variations après le détournement » Soc. SC L.A. Bayonne
(4) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 « Etude des échanges sédimentaires entre l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet. »
(5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d’améliorer l’entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 « Histoire de l’Adour« .
(6) L’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d’une carrière par la commune d’Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
(7) J-C DELORME 1978 « Le port de Bayonne » IV centenaire du détournement de l’Adour.
(8) Jean Jacques Anatole Bouquet de La Grye « Rapport Pont et Chaussées 1861 » Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
(9) Jean Thore, « Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne ou aperçu topographique, physique et médical des côtes occidentales de ce même golfe ».
(10) Ferdinand de la Roche Poncié, « Recherches hydrographiques sur le régime des côtes« , cinquième cahier de 1870 à 1878.
(11) Stéphane Abadie et Al. Rapport final pour la CABAB 2004 « Etude préliminaire du comportement hydro-sédimentaire du littoral d’Anglet et de l’entrée du port de Bayonne« .
(12) L’ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, Rapport pour le préfet » 1897 Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
(13) S. MANOUJIAN et C.MIGNIOT « un exemple des difficultés de protection du littoral contre l’érosion marine » 1978.
(14) Pierre Yves Landouer, DDE de Bayonne « Défense du littoral d’Anglet, Golfe de Gascogne : un exemple dans une zone à forte houle. » Bulletin 1990 n 71, page 40-49.
(15) S. Abadie et Al. Journal of Coastal Research, Volume 24, Issue 1: 59-69. 2008 « Erosion Generated by Wave-Induced Currents in the Vicinity of a Jetty: Case Study of the Relationship between the Adour River Mouth and Anglet Beach, France »
(16) Christophe Brière, Thèse universitaire de génie civil 2005 « Etude de l’hydrodynamique d’une zone côtière anthropisée: l’embouchure de l’Adour et les plages adjacentes d’Anglet
(17) Etude monographique des fleuves et grandes rivières de France 12/2003 « Le bassin versant de l’Adour« .
(18) Mai 1966, Novembre 1969, Novembre 1972, Janvier 1973, Février 1973, Décembre 1974, Février 1975… Médiathèque Bayonne
(19) Journal Sud-ouest Novembre 1974 Médiathèque de Bayonne.
(20) D. Rihouet, VI ème Rencontres de Chiberta « Les plages d’Anglet… vers une gestion intégrée de la ressource en sable« 
(21) Nicolas Flanbergue, extrait de la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.
(22) Aymeric Bayle et Pascal Dunoyer, Article Sosla de 2014, « Embouchure de l Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 2« .
(23) Aymeric Bayle et Pascal Dunoyer, Article Sosla de 2014, « Embouchure de l’Adour, pourquoi si peu de sable du côté des plages de Tarnos, épisode 3« .
(24) Compte rendu de séance du conseil municipal de la ville d’Anglet le 07/04/2011.
(25) H. Cavaillès, Annales de Géographie : »Le port de Bayonne » 15 Janvier 1907.
(26) R. Young et A. Griffith, Program for the Study of Developed Shorelines, Western Carolina University, Cullowhee, NC, United States « Documenting the global impacts of beach sand mining »
(27) M. F. Morel, « Bayonne, vues historiques et descriptives » 1836
(28) Rapport BRGM R 40718- IFREMER Avril 1999 « Élaboration d’un outil de gestion prévisionnelle de la côte Aquitaine, phase 2 » p18
(29) S.O.G.R.E.A.H « Plage de Marinella« . District B.A.B., rapport 1986; « Littoral d’Anglet » rapport 1988.
(30) Rapport IFREMER DEL/AR: « Outil de gestion prévisionnelle de la côte aquitaine » Août 2001
(31) SoSLa « L’histoire du mur de soutien à la plage de la Chambre d’Amour! » Décembre 2014
(32) Pierre Laffargue: « Anglet, la Chambre d’Amour » 2007 Edition Atlantica
(33) C. Benavides « Anglet en Carte postale Ancienne » 1976.
(34) M. Lafaix, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 12 Octobre 1960 « Dragues Sangsues et Bayonne I, travaux de grosses réparations » Archives Nationales (19770759/188 , P.M. 454)
(35) Ingénieur d’arrondissement des Ponts, « Entretien des profondeurs à l’embouchure de l’Adour et du port de Bayonne« , Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383
(36) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/382 et 383
(37) Article Sud ouest, 11 Mai 2004, « L’érosion menace les plages d’Anglet » Médiathèque Bayonne.

Le sable littoral, un bien précieux à préserver!