Erosion littorale angloye et moyens de lutte

Bonjour à tous,

Voici le compte rendu de la réunion d’information organisée par la ville d’Anglet le 23 Février 2015 et qui s’intitulait « Érosion littorale et moyen de lutte ». A cette occasion , le maire d’Anglet, Claude Olive, accompagné d’une partie de ses adjoints, en a profité pour faire un discours général sur la problématique d’érosion des plages d’Anglet. Il a annoncé que le travail sur le profil des plages allait être relancé en 2015, et nous a rappelé l’intérêt du clapage côtier et ses espoirs avec la future drague à demeure. Il a accordé enfin que le fait d’avoir stoppé le clapage côtier en 2004 avait été une erreur, contribuant au profil des plages actuelles.

Reunion Collectif Littoral Angloy 23 fevrier 2015
Au premier plan, les Colians attentifs au sujet. De gauche à droite, sont présents J. Vidal, M. Bourricaud, J. Loustau-Lasplaces, G. Billy, J. Fagalde, A. Bayle et A. Cassiede à la photo!

 

 

 

 

 

 

Jacky Gunsett , directeur adjoint des services techniques de la ville, accompagné de Didier Mundutéguy, directeur du dragage du port de Bayonne et Didier Rihouet , directeur du Casagec, bureau privé en charge de l’évolution physique des plages d’Anglet, ont fait une présentation sur l’évolution des plages et des fonds marins ainsi que le point sur les moyens de lutte contre l’érosion actuelle. Le COllectif LIttoral ANgloy était au rendez-vous. Les COLIANs ont nourri les échanges avec les experts en apportant notamment des pistes de réflexion. Voici ce qu’il est ressorti de cette rencontre:

 

I- Evolution des fonds marins des plages angloyes par Didier Rihouet(DR), complément d’information Jacky Gunsett(JG):

L’hiver 2014 a été le plus énergétique de ces 40 dernières années. L’érosion des plages en Aquitaine se caractérise par un recul du pied de dune et donc du trait de côte. A Anglet, le problème est tout autre. La dune est reste figée graçe à la promenade Victor Mendiboure, mais l’érosion des plages s’est faite dans les profondeurs. L’étude des fonds en 2014 a montré qu’il y existait des déplacements massifs de sable entre -2 et -6 mètres. Le sable fin a été emporté au large dû à son faible poids pour former une lentille sédimentaire qui prédomine en face des plages nord. Le profil des plages en a sérieusement souffert. Il ne reste plus que du sable grossier sur la partie « sèche » des plages. Avec un triage permanent au fil des ans, le sédiment grossier est devenu majoritaire et représente 95% du sable en haut des plages aujourd’hui. Plus le sédiment est grossier, plus la pente de la plage est forte.
Une partie du sable fin présent au large est revenu durant l’été combler les trous constatés près du bord à la sortie de l’hiver. Ainsi, la fin de l’été a été plus propice aux baignades et aux déferlements des vagues. Le sable qui est déposé par clapage côtier sur les bancs immergés de la zone sud du littoral transite progressivement vers le nord. La fosse de garde jouxte le chenal de navigation et piège les sables fins venant des plages d’Anglet avant de tomber dans le chenal. Les quantités de sables dragués à l’embouchure correspondent aux quantités de sable qui disparaissent des plages d’Anglet.

II- Bilan des opérations de reprofilage des plages d’Anglet de 2014 par Jacky Gunsett.

Le but de cette opération a été d’améliorer le rivage pour la sécurité des baigneurs en diminuant l’effet « shore break » et en diminuant la présence de trou près du bord, trou pouvant aller parfois jusqu’à deux mètres de profondeur à la sortie de l’hiver. Avant de valider cette opération de profilage au printemps dernier, le Casagec et la ville d’Anglet se sont assurés de la granulométrie du sable sur le haut des plages. Il serait idiot de pousser dans la mer le sable fin présent sur cette partie de l’estran pour le retrouver plus rapidement dragué au niveau de l’embouchure de l’Adour. Le sable emporté au large par le courant est évalué en moyenne à 250 microns. A partir de 850 microns, les grains sont chahutés devant les plages, mais ils ne disparaissent plus ! Comme cela a été dit précédemment, 95% du sable présent en haut des plages est supérieur à 850 micron, ainsi, l’opération a pu être lancée.

Voici le bilan des opérations plage par plage:

– La plage des Cavaliers a été travaillée par les engins et paraissait moins pentue après les opérations. Un maximum de sable a été poussé dans l’eau pour former un plateau de sable triangulaire à marée basse afin d’avoir des bancs plus propice à la baignade et à la pratique du surf. Mais cela n’a pas fonctionné, le trou était trop important et les grandes marées peu fréquentes. C’est finalement le remaniement naturel pendant l’été qui aura comblé le trou près du bord.
– La plage de l’Océan a été bien remaniée donnant un profil correct avant la saison.
– Idem pour la plage de la Madrague.
– La plage des Corsaires est apparue comme un cas particulier. Il y avait une berne sur l’estran à la sortie de l’hiver qui a été nivelée plusieurs fois par les engins jusqu’au rivage. Mais après chaque marée, la mer ressortait ce qui y avait été poussé la veille par les tractopelles. Ce phénomène a duré tout au long de la campagne de reprofilage.
– La plage de Marinella possédait une sorte de trou au milieu de plage qui a été comblé. Cette plage était certainement la plus attrayante de l’été avec une pente très douce et un estran très grand.
– Le nord de la plage du VVf et la plage du Club avaient beaucoup trop de sable dans la partie haute. Les conducteurs d’engins se sont attachés à prendre un maximum de sable pour le mettre soit à la mer soit à la plage des Sables d’Or afin de régaler ces plages mais la tâche était très grande.

De manière générale, l’opération a été perçue positivement par les Angloys qui avaient l’impression de retrouver une plage plus agréable et plus propice aux bains. Au total, sur l’ensemble du littoral, 16 000 mètres cubes de sable ont été déplacés durant un mois et demi. Durant la saison estivale, c’est environ 9 000 mètres cubes de sables fins supplémentaires qui seraient revenus naturellement du large vers le bord pour combler les trous. Au global, on compte un retour de 25 000 mètres cubes au niveau du rivage.

Pour 2015, l’opération de re-profilage sera renouvelée. Elle va durer 2 mois. Elle va commencer dès le début du mois de Mai et va s’attacher à régaler, dans un premier temps, la partie sèche des plages qui en auront le plus besoin. Le haut de la plage du Club, qui possède un stock sédimentaire trop important, devrait être sérieusement nivelée pour retrouver son niveau d’avant les tempêtes de l’hiver 2014. Le haut de la plage des Cavaliers sera aussi retouché en priorité. Les rivages, comme ceux des Corsaires où il semble y avoir de forts mouvements sédimentaires près du bord seront retouchés au dernier moment pour tirer le meilleur bénéfice sécurité lors de l’ouverture des baignades surveillées. En ce qui concerne les bancs de marée basse, il parait utopique de les reformer depuis de bord avec les engins mécaniques. A chaque fois que cela a été tenté, le résultat a été décevant. A l’avenir, Il est prévu 3 campagnes de bathymétrie par an pour étudier les mouvements de sables sur les plages et les fonds angloys. Leurs résultats permettront de connaitre les projets les plus favorables dans l’avenir…

III- Dragage embouchure de l’Adour et clapage côtier par Didier Munduteguy(DM)

La zone de clapage côtier est définie par un arrêté inter-préfectoral. Cette zone devrait peu changer avec le futur arrêté. Elle devrait juste être prolongée vers le nord devant la plage de l’Océan. Les chargements en sable déposés par la drague devant les plages sont définies à l’avance par le Casagec. L’arrivée de la future drague à demeure est prévue en Septembre 2015. Il s’agit d’une drague mixte équipée d’une élinde capable d’aspirer le sable jusqu’à 20 mètres de profondeur et d’une benne pour nettoyer les pieds de quai et garantir les souilles. Il y aura deux équipages de 5 marins qui tourneront tous les 7 jours à bord. Ils travailleront uniquement de jour et hors saison soit au total 200 jours dans l’année.
La drague aura pour premier but de maintenir les profondeurs du port de Bayonne afin de faciliter le passage des bateaux de commerce. Cette drague effectuera que des dragages d’entretien sur la zone d’embouchure. Elle ne sortira pas plus de sable que nécessaire.
L’objectif second de ce navire est de répondre au partenariat avec la ville d’Anglet pour que tous les sables dragués à l’embouchure de l’Adour soient relâchés devant les plages. L’objectif moyen est de claper 400 000 mètres cube de sable par an devant les plages. Peut-être qu’au début, il y aura des ratés, le temps que l’équipage s’habitue au nouveau navire et aux particularités de la côte, mais on doit évoluer vers cet objectif de 100% de clapage côtier qui est tout à fait raisonnable.
Le nouvel arrêté préfectoral définissant les conditions de dragage/clapage doit passer par une enquête publique qui aura lieu en Mai/Juin 2015. L’arrêté devrait être opérationnel pour l’arrivée de la drague à demeure en Septembre 2015.

Plan général des zones de dragages et d'immersion comme le définit l'arrêté inter-préfectoral de 2004. En vert, c'est la simulation de la future extension qui apparaîtra dans le prochain arrêté de 2014.
Plan général des zones de dragages et d’immersion comme le définit l’arrêté inter-préfectoral de 2004. En vert, c’est la simulation de la future extension qui apparaîtra dans le prochain arrêté de 2014.

IV- Quelques pistes d’avenir échangées entre les associations présentes et les spécialistes:

JG: Les digues d’Anglet ont un effet positif sur la partie haute des plages et très peu sur la partie basse correspondant aux petits fonds. Les rallonger n’aurait que peu d’impact sur le courant sud-nord qui prédomine devant les plages.

JG : L’idée d’un By-pass comme à Capbreton qui prendrait le sable de l’autre côté de l’Adour est intéressante mais trop chère. L’idée d’aller chercher du sable avec une drague au large reste la solution la plus économe. Mais pour aller chercher ce sable au large, il faut un permis minier qui peut être difficile à obtenir. Nous préférons dans un premier temps voir les résultats avec la nouvelle drague à demeure et faire le point dans 10 ans. Si cela est nécessaire, une autre solution comme celle d’aller chercher du sable au large pourra être envisagée.

DR : De nombreuses communes du littoral français procèdent déjà à cette opération d’aller chercher le sable au large. La ville de Soulac projette de le faire à son tour. Le problème ici pour prélever le sable et le claper, c’est la houle. Il faudrait le faire en période de petite vague pour que cela soit jouable et un chantier comme celui-ci prendrait plusieurs semaines. C’est donc compliqué mais pas impossible.

JG : Si l’arrêté inter-préfectoral était modifié en cette faveur, il serait très facile aujourd’hui d’aller chercher ce sable au large et cela serait une bonne opportunité pour les plages d’Anglet comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays.

JG : L’idée de décaisser le haut des plages pour diminuer la pente en mettant le sable grossier à terre dans un autre endroit est intéressante aussi mais les volumes à enlever sont tellement considérables que cela serait irréalisable. Et puis où stocker ce sable? En plus, il s’agit là du domaine public maritime, il faut donc l’autorisation de l’Etat pour sortir le sable…

DR : L’idée de mettre du sable dans des sacs en bas des plages pour le fixer durablement a déjà été mené au sud de Capbreton. Le projet était de soutenir la dune et favoriser l’engraissement mais les sacs en géotextile ont été rapidement éventrés par les vagues.

Valérie Dequeker, adjointe à l’environnement : La communauté d’agglo ACBA a demandé à un cabinet privé une étude sur la stratégie du trait de côte à moyen et long terme pour les communes littorales de sa communauté. Cette étude est toujours en cours actuellement. Un retour devrait avoir lieu dans l’année afin de connaitre la meilleur stratégie à adopter pour l’avenir.

JG : La ville d’Anglet avec Claude Olive a fait le choix de maintenir son trait de côte pour une raison d’utilité publique. L’analyse coût/bénéfice du maintien du trait de la côte d’Angloye en utilisant les méthodes douces parait économiquement viable. Chaque année, un point sera fait avec les associations sur la situation des plages afin d’échanger et de répondre aux questions. Nous voulons la transparence et le dialogue, c’est la volonté du maire.

Les experts répondent aux questions du collectif. De droite à gauche: D. Munduteguy, J. Gunsett et D. Rihouet
Les experts répondent aux questions du collectif. De droite à gauche: D. Munduteguy, J. Gunsett et D. Rihouet

Voilà, nous espérons que ce compte-rendu vous aura permis d’entrevoir qu’un vent d’espoir se lève sur les plages d’Anglet. Ce n’est pour le moment qu’une légère brise mais, avec le Collectif Littoral ANgloy, faisons que ce souffle prenne de l’ampleur. Plus nous serons nombreux, plus la restauration des plages s’imposera comme une priorité. Nous sommes à ce jour 185 adhérents dans ce collectif, soyons 1000 avant fin 2015! Vos plages ont besoin de votre aide, parlez-en autour de vous et n’hésitez pas à nous rejoindre.

Merci de votre soutien.

Les COLIANs